Mas Oyama, le fondateur du karaté Kyokushin

On raconte qu'il affrontait des taureaux à mains nues et brisait leurs cornes d'un coup de tranchant. Qu'il mettait au sol n'importe quel adversaire en moins de trois minutes, souvent d'un seul poing. Autour de Mas Oyama, la légende et la réalité se sont mêlées au point qu'on ne les distingue plus toujours, et c'est en partie ce qu'il cherchait. Mais derrière le mythe, il y a un fait solide : cet homme a créé le karaté full-contact et transformé durablement les sports de combat. Spécialiste des arts martiaux à Toulouse depuis 1996, on croise son nom dès qu'un pratiquant s'intéresse au karaté de combat.

Voici la vie du maître au surnom de « main de Dieu », à replacer dans la grande histoire du karaté et de ses écoles.

Mas Oyama en quelques repères

Mas Oyama, de son vrai nom Choi Yeong-eui, naît en 1923 en Corée, alors sous domination japonaise, et meurt le 26 avril 1994 à Tokyo, emporté par un cancer du poumon à 70 ans. Fondateur du karaté Kyokushinkai, le premier et le plus influent des styles de karaté full-contact, il a bâti l'une des plus grandes organisations d'arts martiaux au monde, aujourd'hui présente dans plus de 120 pays et forte de plusieurs millions de pratiquants.

Origines
Nom : Choi Yeong-eui
Naissance : 1923, Corée
Premier art : kempo chinois
Formation
Shotokan : sous Funakoshi
Goju-ryu : sous So Nei Chu
Retraite : montagne, 18 mois
Le style
Kyokushin : « vérité ultime »
Marque : full-contact, KO
Officialisé : 1957
Héritage
Organisation : IKO, 1964
Diffusion : 120+ pays
Surnom : « main de Dieu »

Une enfance entre la Corée, la Chine et le Japon

Issu d'une famille de lettrés coréens, le jeune Choi grandit à une époque troublée, celle d'une Corée sous occupation. Envoyé enfant chez sa sœur en Mandchourie, il y découvre le kempo chinois vers l'âge de 9 ans, au contact d'un ouvrier agricole. Ce premier apprentissage éveille chez lui une passion qui ne le quittera plus.

En 1938, à 15 ans, il part au Japon. Officiellement pour se former à l'aviation, en réalité pour poursuivre sa quête martiale. Là, il pratique la boxe, le judo, puis surtout le karaté Shotokan sous la direction de Gichin Funakoshi, le père du karaté moderne. Il progresse vite et atteint un haut niveau. Mais l'après-guerre est rude pour un Coréen au Japon : identité tiraillée, difficultés matérielles, colère à canaliser.

La rencontre décisive et la retraite en montagne

Le tournant vient de sa rencontre avec le maître coréen So Nei Chu, expert de Goju-ryu réputé pour sa force physique autant que spirituelle. C'est lui qui pousse Oyama à consacrer entièrement sa vie à la voie martiale et à s'isoler pour se forger. Fortement marqué par le roman consacré au samouraï Miyamoto Musashi, Oyama se retire dans les montagnes.

Le récit de cette retraite fait partie de sa légende : une intensité extrême, casse à mains nues contre les pierres et les arbres, méditation sous les cascades glacées, lever avant l'aube, lecture des manuels martiaux et des textes bouddhistes, répétitions sans fin. Il en ressort avec une conviction qui deviendra sa signature : un karaté ne vaut que s'il est efficace pour de vrai, testé au contact réel, sans concession ni chorégraphie.

La naissance du Kyokushin

De retour parmi les hommes, Oyama rassemble ce qu'il a appris de meilleur dans les différentes écoles, y ajoute son propre travail et fonde son style. Il ouvre son premier dojo à Tokyo au début des années 1950, d'abord sur un simple terrain vague, puis dans une ancienne école de danse. En 1957, le style reçoit son nom définitif : Kyokushinkai, « la vérité ultime ».

Sa pédagogie tranche avec le karaté traditionnel de l'époque. Là où beaucoup s'arrêtent au geste maîtrisé sans contact, Oyama impose le combat réel, au contact, jusqu'au K.-O. La casse d'objets (tameshiwari) devient une marque de fabrique, non pour le spectacle, mais comme mesure concrète de la puissance. Il aimait dire qu'un karaté sans casse est comme un arbre fruitier qui ne donne pas de fruits. Les entraînements sont si durs que le taux d'abandon dépasse les 90 %, mais ceux qui restent deviennent des combattants redoutables.

La part de légende : taureaux et « main de Dieu »

La renommée d'Oyama doit énormément à ses démonstrations spectaculaires. On lui prête des combats contre plusieurs dizaines de taureaux, dont il aurait brisé les cornes à mains nues. En 1952, une tournée aux États-Unis le voit affronter quelque 270 adversaires, la plupart mis hors de combat en un seul coup, des exploits qui lui valent le surnom de « main de Dieu ».

Il faut toutefois garder un œil critique, et c'est tout l'intérêt de son cas. Plusieurs historiens des arts martiaux estiment que certains de ces récits, en particulier les combats contre les taureaux, ont été mis en scène ou nettement embellis, à une époque où le mythe du surhomme se vendait bien et où il était facile d'entretenir la légende. Le véritable mérite d'Oyama n'est pas dans ces images d'Épinal : il est dans la cohérence d'un système d'entraînement d'une exigence rare, qui a formé des générations de combattants et prouvé sa valeur sur le tatami.

L'épreuve des cent combats

C'est dans cet esprit qu'Oyama conçoit son test le plus célèbre : le hyakunin kumite, l'épreuve des cent combats. Le principe est simple et terrible : affronter cent adversaires à la suite, chacun frais et déterminé, sans véritable répit. Oyama lui-même l'aurait réalisée à plusieurs reprises. Réussir cette épreuve reste, aujourd'hui encore, l'un des exploits les plus respectés du karaté de combat, réussi par une poignée de pratiquants seulement. Elle résume à elle seule la philosophie Kyokushin : la valeur ne se déclare pas, elle se prouve dans l'effort et la douleur.

Bâtisseur d'une organisation mondiale

Oyama n'était pas seulement un combattant, c'était un organisateur redoutable. En 1964, il inaugure son quartier général, le Honbu Dojo, et fonde l'Organisation internationale de karaté (IKO) pour fédérer les écoles qui se multiplient. Il lance les premiers grands tournois full-contact, au Japon puis à l'échelle mondiale, et diffuse le Kyokushin sur tous les continents grâce à un réseau d'instructeurs triés sur le volet. À sa mort, il désigne son élève Shokei Matsui pour lui succéder. La disparition du maître ouvrira toutefois une période de divisions, plusieurs organisations se réclamant aujourd'hui de son héritage.

Un héritage qui dépasse le karaté

L'influence d'Oyama déborde largement du seul Kyokushin. Le karaté knockdown, une bonne partie du kickboxing et des sports de combat modernes lui doivent quelque chose, tant son approche du contact réel a fait école. Ses ouvrages, dont What is Karate, comptent parmi les livres de karaté les plus lus au monde.

Sa figure a aussi nourri la culture populaire : un manga à succès inspiré de sa vie, une trilogie de films avec Sonny Chiba, un long-métrage coréen plus récent, et même une influence sur des personnages de jeux vidéo de combat. Peu de maîtres ont autant marqué l'imaginaire collectif des arts martiaux.

En pratique : ce que Mas Oyama a laissé

Au-delà de la légende, Oyama a transmis une idée simple et exigeante : le karaté est un art de combat qui se vérifie, pas une esthétique. Discipline, endurance mentale, respect gagné par l'effort : cet état d'esprit se retrouve dans chaque dojo Kyokushin, et bien au-delà. Il se cultive dès le premier karategi bien serré et la première ceinture de karaté nouée, quel que soit le style que l'on pratique.

FAQ : Mas Oyama

Qui était Mas Oyama ?

Un karatéka d'origine coréenne (1923-1994), fondateur du karaté Kyokushin, le premier grand style de karaté full-contact. Il est l'une des figures les plus influentes des sports de combat du XXe siècle.

Mas Oyama a-t-il vraiment combattu des taureaux ?

Il a réalisé des démonstrations face à des taureaux, restées célèbres. Plusieurs sources estiment cependant que ces combats ont été mis en scène ou exagérés. Son véritable apport reste son système d'entraînement au contact réel.

Que signifie Kyokushin ?

Kyokushin signifie « la vérité ultime ». C'est le nom du style de karaté full-contact fondé par Oyama et officialisé en 1957, aujourd'hui pratiqué dans plus de 120 pays.

Qu'est-ce que l'épreuve des 100 combats ?

Le hyakunin kumite : affronter cent adversaires à la suite, sans véritable répit. Conçue par Oyama, c'est l'une des épreuves les plus exigeantes du karaté Kyokushin, réussie par très peu de pratiquants.

Qui a été le maître de Mas Oyama ?

Il s'est formé au Shotokan auprès de Gichin Funakoshi, puis au Goju-ryu auprès du maître coréen So Nei Chu, qui l'a orienté vers un engagement total dans la voie martiale.

Pourquoi surnommait-on Oyama « la main de Dieu » ?

À cause de la puissance de ses frappes lors de ses démonstrations et de ses centaines de combats, où il mettait souvent ses adversaires hors de combat d'un seul coup.

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